Les atouts de la murder party

Impacts, cohésion d'équipe et débriefing !

Jean-Marc Rousseau, scénariste concepteur et comédien formateur chez Théâtre à la Carte, nous donne plus d’informations sur l’intérêt et la force de la murder party… Anecdotes à la clé !

Jean-Marc, peux-tu nous préciser les grandes étapes d’une murder party ?
En règle générale, 6 grandes étapes sont définies et méritent d’être débriefées en fin de murder party, pour en renforcer l’impact.Suivez-moi…

Étape 1 : l’effet surprise. Il faut s’imaginer un séminaire ou évènement où les participants ne se connaissent pas, peu ou ne travaillent pas forcément dans la même équipe. Par exemple, des commerciaux dispersés dans toute la France qui ne se rencontrent qu’une fois l’an. Ou bien encore d’autres qui sont dans l’urgence toute l’année et ne prennent plus le temps de se parler vraiment. Les voici embarqués pour deux jours de séminaire pour se découvrir, se parler, s’écouter autrement…

Imaginez que le séminaire débute traditionnellement par des chiffres et autres tableaux illustrant l’activité passée ou future. A un moment convenu avec les organisateurs, on frappe à la porte : un policier en civil et un autre en tenue, exhibant leur carte, interrompent l’orateur et demandent à parler au responsable. Le policier en civil sort avec ce dernier laissant les participants fantasmer sans autre explication, sous l’œil du policier en tenue qui est censé ne pas les quitter des yeux. Les regards s’interrogent, des chuchotements cherchent à expliquer, à comprendre. On blague « Eh Pierre, on t’avait dit de payer tes contraventions ». Ce léger frémissement devient rumeur. On s’inquiète et cela dure jusqu’à ce que le policier en civil et le responsable reviennent et lancent le jeu : « Mesdames et messieurs, il s’est passé un événement dans l’établissement qui justifie notre présence et notre intervention. En accord avec votre directeur, nous allons vous demander votre aide pour résoudre cette affaire ». Des « road book » sont distribués. Ouf, on comprend le canular et , et le jeu peut commencer !

Étape 2 : interrogatoire et perquisition. On perquisitionne la chambre de la victime. Tels de vrais experts, on essaie, à travers les indices laissés ici et là, de reconstituer ce qui a pu se passer. On interroge des suspects dont les alibis au moment des faits n’ont pas convaincu la police lors d’un 1er interrogatoire de voisinage. Puis, l’enquête commence…
Le groupe, en face à face avec les suspects, les questionne à tour de rôle. Emploi du temps, lien avec la victime… tout est passé au crible. C’est un moment d’échanges savoureux avec les comédiens et toujours intense. Ils ne doivent pas sortir de leur personnage et ce malgré les tentatives des participants de les déstabiliser parfois « Vous jouez bien, vous êtes professionnels ? », « Non madame, je suis entendu ici comme témoin et je ne comprends pas ce que vous insinuez avec votre histoire de comédien ». Les personnages répondent ainsi aux questions des participants, suivant une trame établie mais improvisée. On ment… par omission.

Étape 3 : Un contre-interrogatoire s’impose, les témoins n’ont pas tout dit, d’autres pièces et indices contredisent leur 1ère déposition. Une pause, un temps pour réfléchir, puis…

Étape 4 : on délibère. Il s’agit de trouver le coupable, le mobile et les faits tels qu’ils se sont déroulés puis on remet ses conclusions.

Étape 5 : le moment de la reconstitution vient après l’annonce des résultats.  Jouée par les protagonistes, c’est un vrai moment de comédie où le rire l’emporte toujours.
Alors quand je vois le chemin parcouru depuis la première intervention et le cheminement que les participants font entre les croquis, schémas sur papier pour dénouer l’intrigue et finir dans le rire, je me dis que le pari est gagné. Nous avons vécu un temps marquant qui a permis d’apprendre à se connaître différemment. Des initiatives se sont révélées ainsi que des tempéraments. Deux heures se sont écoulées et personne n’a vu le temps passer. Peut-être une prochaine énigme, une enquête sur la disparition du temps qui a disparu. Où est passé le temps ?

Quels sont  les objectifs et impacts poursuivis au fil d’une murder party ?
Que les collaborateurs se redécouvrent ou fassent connaissance, qu’ils osent et qu’ils fassent preuve d’imagination. Et surtout, qu’ils sortent de leurs automatismes de fonctionnement !
Dans une murder party, les participants se trouvent en mode projet. C’est un groupe autonome, où toutes les sensibilités et les personnalités s’expriment. Ils doivent réussir à se positionner, à s’organiser spontanément pour tendre vers un but commun qui est la résolution de l’enquête. But noble ayant du sens, puisqu’il permet de découvrir « la vérité » tout en restant ludique. C’est probablement pour cela que le fait de résoudre une problématique, comme une enquête, est excellent en termes de cohésion.
Mais la murder party va encore plus loin. On y voit émerger de la part des participants des qualités que les organisateurs ou les participants eux-mêmes ne soupçonnaient pas, comme l’imagination, l’intuition, la déduction ou la créativité. Ce sont des qualités que l’on peut d’ailleurs observer en cas de crise, lorsque les individualités se mobilisent au profit du groupe. C’est un formidable révélateur et accélérateur de talents, de cohésion ainsi que de découverte où chacun prend sa place.

Pourquoi les salariés jouent-ils le jeu ?
Il faut leur faire retrouver leur âme d’enfant sans heurter celle de l’adulte. Une fois lancé le « On aurait dit que… » magique des enfants, il faut que les indices et autres pièces soient d’une grande qualité, les faux doivent être irréprochables, la vraisemblance est non négociable.
De plus, ils sont répartis en équipe et donc en compétition les uns avec les autres. Ils ont un véritable challenge à relever !

Peut-on adapter une murder party ?

Oui. Une murder party peut très bien s’adapter (de l’Orient Express, aux péniches, châteaux ou hôtels, ou encore salles de séminaire), il faut la réajuster en fonction des lieux et univers. Il faut créer un climat permettant aux participants d’adhérer totalement au jeu. C’est excitant, par exemple, pour une murder party à l’escroquerie à l’assurance d’utiliser de vrais contrats d’assurance fournis par l’entreprise et de jouer à partir de leur réalité.
Nous créons donc des murder parties sur mesure.


La dernière étape clé est le débriefing. Comment débriefes-tu une murder party ?

Grâce à une étape importante : l’auto-évaluation ! Elle permettra de faire un débriefing riche. À l’issue de la murder party, dans la continuité, ou le lendemain du jeu, on distribue une fiche d’évaluation par personne qui va servir de support pour le débriefing, de 1 à 2 heure(s) maximum selon qu’il y a apports pédagogiques ou non.
Les participants pourront faire un retour de la perception et progression du groupe durant les interrogatoires. Les questions ne sont pas exhaustives, peuvent être complétées en fonction du but à atteindre, du thème abordé, de l’axe que l’on veut prendre et personnalisées à la problématique de l’entreprise.

  • Comment avez-vous vécu cette enquête ?
  • À quel moment avez-vous compris qu’il s’agissait d’une mise en scène ?
  • Quelles réactions avez-vous remarquées chez les autres participants ? (Stress, amusement, sérieux…)
  • Quelles réactions avez-vous observées en vous ?
  • Avez-vous eu le sentiment que vos émotions l’emportaient sur vos réflexions ?
  • Avez-vous observé des complicités au sein de votre équipe ?
  • Avez-vous observé des tensions au sein de votre équipe ?
  • D’après vous, qu’est-ce qui, au sein de votre équipe, a bien fonctionné ? Ou moins bien fonctionné ?
  • Quelles similitudes pouvez-vous trouver entre cette enquête collective et un projet d’entreprise mené en commun ?

On peut noter que certaines notions reviennent assez souvent comme :

Le stress : les participants ont été interpellés par la police, ils ont dû mener une enquête, interroger des témoins, en pleurs ou vindicatifs. C’est à travers ces éléments que l’on peut mesurer l’efficacité dont ils ont fait preuve pour de pas se laisser gagner par le stress.

La communication : les échanges, l’écoute, le respect, le questionnement, la reformulation compréhensive sont pleinement mis en évidence dans la confrontation, témoins/suspect et enquêteur (rôle tenu par les participants).

L’organisation : liée à la motivation, au leadership, au travail d’équipe en mode projet, à l’empathie, à l’organisation des tâches, à la hiérarchisation, à la délégation.

Appréhender l’autre : l’empathie, le langage verbal et non-verbal sont abordés et débriefés au travers des postures que les suspects ont sciemment prises lors des interrogatoires décryptés avec la colorimétrie comportementale de Jung (le rouge, le bleu, le vert, le jaune).
Après une telle aventure humaine commune, la murder party a fait l’effet d’un accélérateur et posé les bases d’une meilleure relation à l’autre, d’une relation d’écoute, d’échanges, de coopération. Elle a mis en lumière les axes de progrès, les forces et les faiblesses et les moyens pour tendre vers… une résolution optimisée et ludique !

Cette animation de débriefing est fondamentale pour donner tout son sens à ce travail collaboratif.