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Delphine Bernard, le handicap au travail sur le devant de la scène

Scénariste à Théâtre à la Carte, Delphine Bernard nous explique pourquoi le handicap au travail est un sujet si particulier à mettre en scène.

Pourquoi écrire sur le handicap ?

Au-delà du fait de sensibiliser les spectateurs sur l’une des sources de discrimination, je pense à ces personnes qui en plus de souffrir du handicap, doivent se battre tout au long de leur vie professionnelle : décrocher un job, réussir à s’intégrer au sein de leur équipe, avoir les moyens de se réaliser, développer leurs compétences et évoluer au sein de leur entreprise. Le besoin de reconnaissance professionnelle aussi est important.
Pour avoir travaillé avec des managers de proximité, je sais à quel point la réalité du terrain peut pousser certains à prendre des décisions hâtives : aller à l’essentiel plutôt que de prendre le temps de considérer un dossier atypique. Les managers redoutent aussitôt la perte de temps et les difficultés que peuvent générer le recrutement et le management d’un travailleur handicapé. Or les organismes dédiés et des référents RH sont là pour les accompagner dans les démarches éventuelles.
D’ailleurs, souvent, les handicaps ne nécessitent pas tant d’aménagements de postes qu’on ne l’imagine. Je me rappelle cette standardiste qui devait seulement alterner la position assise et debout en raison d’un problème au talon.
Intégrer, dans son équipe, une personne handicapée peut aussi apporter beaucoup de richesse sur le plan humain. J’ai travaillé au sein d’une Direction des Ressources Humaines où une chargée de paye était atteinte de surdité : elle lisait sur nos lèvres et communiquait par mails. Son handicap n’a jamais posé problème.
Rares sont les personnes qui n’ont jamais connu, de près ou de loin, des personnes handicapées.
Moi, je pense surtout à mon grand-père, Jean. Malgré sa jambe droite amputée, il a prouvé toute sa vie qu’il pouvait en faire autant que les autres, voire plus. A l’époque, malheureusement, il n’y avait pas toutes ces aides. Il a dû renoncer à son travail de chaudronnier qu’il aimait tant pour un poste administratif.

Comment as-tu choisi ces anecdotes ?

On m’a souvent demandé si l’anecdote de l’amende de 540 000 euros était vraie.
Pour la capsule “Handicap : le recours au secteur protégé”, j’ai recherché une activité professionnelle pour illustrer l’Entreprise Adaptée (EA). J’ai choisi le montage mécanique. Je me suis inspirée d’une association française sous-traitant pour une entreprise produisant des voitures sans permis. C’est là que la magie internet a opéré. De clics en clics, j’ai découvert l’histoire de ce footballer allemand flashé pour excès de vitesse. Il a dû s’acquitter d’une amende de 540 000 euros pour avoir roulé plusieurs années sans permis. Cette anecdote est donc véridique. C’est ensuite que mon esprit a divagué : j’ai imaginé combien cela devait être douloureux pour un flambeur, suffisamment riche pour s’offrir tout ce qu’il désire, d’être contraint de rouler en voiturette. Cette idée m’a beaucoup amusée. Alors, je l’ai intégrée dans la capsule.
Concernant le décor de la saynète “Gestion de carrière et handicap”, il se pourrait que l’ambiance estivale ait influencé mon choix d’une usine de production de chips.

Pourquoi faire rire sur le sujet ?

Je dirais surtout “pourquoi ne pas en rire ?”. L’autodérision et le recul ne peuvent être que bénéfiques. C’est important de savoir se moquer de ses propres préjugés.
La bonne humeur permet également au spectateur de mieux enregistrer certaines informations, comme par exemple dans la capsule “Un stage pour un travailleur handicapé”.

Selon toi, pourquoi sensibiliser en utilisant le théâtre ?

L’effet miroir. Le spectateur vit, au travers des comédiens, des situations et des émotions. Il a la distance nécessaire pour être protégé et en même temps, il les vit pleinement.

Un dernier mot ?

Je souhaite à nos lecteurs, et bientôt à nos spectateurs, une très bonne semaine du handicap et de beaux échanges.