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La diversité sous toutes ses formes, un levier de croissance

Paola Beaupuy, Scénariste et comédienne à Théâtre à la Carte, dresse un état des lieux de la diversité en entreprise.

La diversité, problématique d’entreprise ou de société ?

La diversité est une thématique essentielle non seulement en entreprise mais dans la vie quotidienne de chaque individu. Nous vivons une époque complexe où nous pouvons avoir tendance à nous replier sur nous même, au sein d’une famille, au sein d’une communauté… sous l’emprise de la peur de l’autre.

La diversité en entreprise est une diversité qui n’est pas choisie : nous ne décidons pas de qui seront nos collègues, nos collaborateurs, nos N+1. C’est une chance d’apprendre, de nous « entraîner » à coexister de façon harmonieuse. Nous sommes amenés à travailler avec des hommes, des femmes, des jeunes, des séniors, des personnes en situation de handicap, des personnes d’autres cultures que la notre, des personnes d’autre sexualité que la notre…

Je suis une femme donc je suis particulièrement touchée par les problématiques que rencontrent les femmes dans leur parcours professionnel, pas seulement d’ailleurs : dans leurs vies privées, dans les transports… En tant que comédienne, j’observe que la plupart des premiers rôles sont masculins, les pièces sont à majorité masculines, les réalisatrices femmes sont peu nombreuses (une pour cinq hommes, une seule palme d’or pour une femme, Jane Campion, depuis le début du festival de Cannes)…

Plafond de verre : quelles constatations et quelles solutions pour lutter contre ?

J’ai été particulièrement touchée, en observant les mécanismes de discriminations liées au genre, de voir que les femmes se limitent beaucoup elles-mêmes. Le regard qu’elles portent sur leur propre place dans le foyer, dans le travail, est certes influencé par la réalité : le plafond de verre existe, le sexisme existe, la condescendance existe, les écarts de salaire existent… mais il y a une dimension culturelle profonde liée aux stéréotypes qu’elles ont d’elles mêmes. Les hommes se demandent moins s’il y aura des réunions le soir, si les enfants auront grand besoin de lui, s’il réussira à harmoniser vie privée et vie perso, s’il sera aussi bien payé que…, s’il y arrivera, s’il perdra une part de son humanité… L’un des freins les plus fréquemment observés est le fait que les femmes n’osent pas demander : à évoluer, à être augmentées… alors qu’une série d’analyses montre la « super-performance » des entreprises dont le top management est très féminisé.

Des stéréotypes, des améliorations, des initiatives… Le chemin est encore long !

Nous vivons par contre une période dynamique qui voit émerger un grand nombre d’initiatives pour remédier à cet état de fait. Les femmes se mobilisent, se soutiennent. Nous pouvons citer des associations de chefs d’entreprises ou de cadres femmes, des forums, des sociétés de production qui promeuvent les films de femmes, des festivals de cinéma féminin, la parité effective au gouvernement, les structures d’aides aux femmes battues, aux femmes élevant seules leur(s) enfant(s)…

Pour en revenir à l’entreprise, certains stéréotypes ont la peau dure : les femmes privilégient la vie de famille, elles ne sont pas disponibles, elles manquent de confiance en elles, elles expriment leurs émotions, elles ne sont pas carriéristes, elles ne résistent pas au stress, elles ne sont pas attirées par le pouvoir…

Il y a encore une grande marge de manœuvre pour faire évoluer les mentalités et les faits. Certaines entreprises heureusement font beaucoup d’efforts dans la rédaction des offres d’emploi, dans le recrutement, dans la sensibilisation des salariés, dans les accompagnements de carrière. Nous pouvons citer LVMH dont 74% des effectifs sont des femmes et 62% de l’encadrement …même si le conseil d’administration n’en compte qu’une pour onze hommes.

Quels leviers pour faire grandir cette égalité ?

L’un des leviers majeurs de l’accès aux postes à responsabilité des femmes reste l’accès aux grandes écoles, la reproduction des élites restant fortement masculinisée (l’ENA, Centrale, HEC, Science PO, Saint Cyr…) Les règles de cooptation des dirigeants restent également très traditionnelles. D’après le cabinet de conseil Mc Kinsey intervenu lors du Women’s Forum qui a lieu chaque année à Deauville, les femmes dirigeantes restent payées 31% de moins que leurs confrères hommes. C’est un enjeu éthique mais aussi de performance : les femmes, à travers leur excellence organisationnelle sont source de performance. D’après l’ONG américaine Catalyst, la rentabilité des entreprises ayant la plus grande mixité est de 53% supérieure aux autres. Michel Ferrary, directeur de l’Observatoire de la féminisation des entreprises françaises affirme que lorsque le taux d’encadrement est féminisé à hauteur de 35% au moins, les entreprises voient leur chiffre d’affaire, leur rentabilité, leur productivité et la création d’emploi croître considérablement.

Alors que faire ? Comment agir concrètement en entreprise pour faire grandir ce mouvement d’égalité ? Il me semble que l’atout majeur du théâtre et des comédiens-formateurs est la libéralisation de la parole qui permet pour chaque femme d’identifier ses propres freins intérieurs mais également qui permet aux hommes de se confronter à leurs stéréotypes. Le dialogue, les exercices, les mises en situation, les ateliers permettent d’identifier des leviers d’amélioration, de développer la créativité et la cohésion. C’est un outil puissant surtout lorsqu’il s’agit d’un accompagnement à moyen ou long terme.