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Comment animer un évènement sur le thème de la sécurité ?

Découvrez l'impact des apostrophes théâtrales, du théâtre action
et du théâtre d'entreprise !

Jean-Marc Rousseau, scénariste et concepteur à Théâtre à la Carte, expert à propos du sujet de la sécurité professionnelle répond à 3 questions à propos de l’élaboration d’un projet chez Hydro Aluminium ayant pour objectif de sensibiliser et impliquer les salariés de 3 sites.

Jean-Marc, à propos des apostrophes théâtrales que tu as proposé, quels impacts recherchais-tu ? Quelles situations as-tu mis en scène et pourquoi ? Quel est l’intérêt général de cette formule ?
L’apostrophe a la forme d’une virgule placée en hauteur, permettant d’insérer une respiration.
C’est par cet angle que j’ai choisi d’aborder le thème des accidents de plain-pied. Le postulat de départ étant d’informer, de faire réagir des managers sur le « comment » de la communication à travers diverses populations et divers thèmes, qu’ils voulaient pouvoir, eux-mêmes aborder avec leurs équipes.
Pour l’apostrophe, Il s’agit de se mettre à la place « de ». Nous avons un public donné qui est déjà plus ou moins sensibilisé, informé en matière de sécurité. Il est 9 h, l’accueil s’est bien passé, on a échangé avec ses collègues sur les difficultés qu’on a eues à venir jusqu’ici, sur le fait qu’on va être coincés toute la matinée pour parler sécurité et que pendant ce temps, le boulot s’accumule sur le bureau, et que de toute façon, c’est sur le terrain qu’il faut agir « moi j’suis convaincu mais c’est le personnel qu’y veut rien comprendre ».

Convaincus ou non, ils veulent avoir un retour sur investissement de leur temps… Ce temps, ce bien si précieux qui nous presse, nous stresse et qui nous pousse parfois à aller trop vite, anesthésiant nos craintes face au danger, diminuant notre vigilance et augmentant notre fatigue.

Revenons à l’apostrophe, là, au moment où on s’y attend le moins, un comédien formateur interpelle un autre comédien formateur qui était fondu dans la foule, et lui fait part de difficultés qu’il a à ranger des cartons pour libérer la salle pour la formation qui va avoir lieu dans quelques minutes, l’un fait des reproches à l’autre, on s’énerve, on se rejette les fautes, manque de préparation, pressions, fatigue. On se hâte dans les escaliers, trop chargé, on ne tient pas la rambarde, on trébuche et c’est l’accident…

Une image forte. Voilà comment a été illustré en quelques minutes, en prenant les participants de vitesse, les cueillant dans leurs contextes, dans leurs conversations et les amenant dans une situation de la vie de tous les jours. Le principe est de partir de l’ici et maintenant, un bureau, la cafète, peu importe, ça se passe sous leurs yeux, ils sont témoins et acteurs, ils expérimentent pas à pas les émotions et contradictions qui peuvent conduire à ce type de résultat. Oui, ils vont découvrir d’autres moyens de réexpliquer les enjeux de la sécurité, oui on peut redécouvrir émotionnellement ce qui nous semble évident, revoir avec des yeux neufs la personne qu’on aime, qu’on côtoie tous les jours. La sécurité n’est pas une ennemie mais une amie puisqu’elle prend soin de nous et de ceux qu’on aime en nous préservant. On envisage la sécurité comme une Sécu-culture, pour aller du sentiment d’obligation à une culture sécurité.

À propos des ateliers de théâtre action et restitutions des collaborateurs, quels étaient les thèmes traités dans ce théâtre action et comment s’est déroulée cette animation ? Quels sont les moments clés d’une telle animation et pourquoi ?
L’important et l’enjeu de l’exercice pour moi sont de donner du sens aux actions menées par l’entreprise. Il faut réinventer la sécurité en termes de communication pour aller vers de la sécu-culture. Ainsi, les thèmes sur lesquels on a travaillé étaient :
Conduire en sécurité (voiture, chariot), les risques routiers, le téléphone portable, au volant, en marchant.
Les EPI (réagir face à des personnes qui ne portent pas d’EPI), l’exemplarité des comportements d’un responsable au regard de la sécurité, réaction face à une situation dangereuse.

Phase 1 : Il y a eu d’abord la phase de réflexion d’environ 50 minutes, la question, par exemple : conduire en sécurité (voiture, chariot) risques routiers a été passé à la moulinette par les 12 cerveaux des participants qui étaient dans l’atelier.
On liste les faiblesses, les atouts, on discute, on argumente, les anecdotes resurgissent, les expériences y répondent, on mutualise, sentiments et ressentiments émergent. L’animateur contrôle, régule. On lève les freins et des tabous, on en parle. Le tout avec bienveillance car il s’agit bien de trouver des solutions les plus concrètes possibles et non pas de juger.

Phase 2 : On hiérarchise, on sélectionne les idées fortes. Quels sont les messages que je veux porter et qui traduisent le mieux nos réflexions ?

Phase 3 : On scénarise. Les idées exprimées et apportées individuellement dans le groupe vont être défendues devant les autres groupes sous la forme ludique d’une représentation théâtralisée de 5 minutes environ. Là, c’est l’instant magique où s’opère la bascule. Les 50 minutes d’échanges, nous ont permis de réfléchir et de créer le contact, tandis que les animateurs ont établi le lien, la confiance.

Phase 4 : Mettre en jeu les idées devient un vrai jeu « d’enfant ». La mise en scène est la partie où l’on s’excite le plus, les participants proposent, veulent en rajouter, là, il faut cadrer… La créativité et l’enthousiasme déferlent, mais le moment de la représentation n’est pas encore venu et il faut canaliser les désirs.

Phase 5 : On joue, on oublierait presque le trac, c’est fait, c’est déjà fini ?… Oui, et je parlais de magie. Si l’on se pose 2 minutes pour prendre le temps de mesurer le chemin que parcourent les participants, de la réflexion à l’écriture, de la répétition, jusqu’au moment de jouer devant leurs collègues en l’espace de 2 h 30 c’est prodigieux. Là on était dans l’industrie, avec des « apprentis acteurs » plus habitués à manier « les billettes de métal et d’alu » que le verbe, mais l’important est de créer une véritable dynamique, une expérience commune qui donne du sens au pourquoi de leur sécurité. Pour moi c’est tout simplement, beau… Le fond est là. Les questions sont posées et les réponses sont là. Le traitement s’est fait dans la joie et l’adhésion et laisse des traces inoubliables. Et pourquoi pas une nouvelle façon d’aborder les ¼ ou minutes sécurité. Oh ! Peut-être pas en allant jusqu’à les jouer, non mais en se posant la question, comment je peux rendre cet échange utile, marquant et agréable pour faire de la sécurité positive.

Enfin, à propos de ta pièce La sécurité sur le terrain, peux-tu revenir sur la genèse de cette création pour Théâtre à la Carte ? Ses objectifs ?
C’était pour une journée sécurité : réunion de chefs d’entreprise, de correspondants sécurité et de compagnons, 400 personnes issues du monde du bâtiment et là, le bâtiment ne ment pas. C’est cash. Autant dire qu’il ne fallait pas se louper. Le but était de mettre le doigt sur les points, le moment où l’on bascule de la bonne pratique à la prise de risque, du presque accident, à l’accident. Repérer les comportements à risques et y apporter des actions correctives, des solutions concrètes, en direct. Comme on pourrait le faire avec l’arbre des causes, pour trouver la source, les causalités. Qu’a-t-il fallu pour ? Est-ce suffisant ? Et réfléchir à l’élimination de la situation dangereuse, ou à la diminution du risque par protection collective, individuelle ou systémique.

Le tout interactif, en interaction avec la salle puisqu’elle devient source d’information et de réflexion. L’outil, la saynète sur-mesure, c’est-à-dire écrite à partir d’expériences réelles de l’entreprise, illustre des comportements à risques qui se jouent là, maintenant. Elle est un cadre de référence de ce qu’il ne faut pas faire et sur lequel on s’appuie. Les acteurs arrêtent l’action et demandent l’avis des spectateurs. Je n’y arrive plus ? Je sais que ce n’est pas bien ce que je fais, je me mets en danger, je mets en danger mes collègues, vous pouvez m’aider ? Les spectateurs prennent faits et causes pour les personnages, on ne peut pas le laisser faire ceci ou cela. Comme ça. Le laisser continuer serait irresponsable. Qu’est-ce qu’il faut qu’ils aient ? Qu’ils fassent, pour ne pas qu’ils se mettent en danger, éviter l’accident.

On obtient une participation empathique. On devient responsable de l’autre, de celui qu’on voit mal agir, par méconnaissance, habitude, stress, peur de mal faire, ou d’être jugé et on apporte un conseil, une idée, son savoir, une solution et c’est pour moi le début, l’essence même de la prise de conscience de la responsabilisation. Je suis acteur et responsable. Si je vois un comportement à risque, il est de mon devoir d’intervenir, non seulement parce que le législateur me le dit et me l’impose, mais parce que je suis touché par l’autre par le fait qu’il se mette en danger, et même si la situation est théâtralisée, fictive, on ne résiste pas au fait de vouloir intervenir. On est pédagogue ou on le devient de fait, et si on en rit, là c’est champion. On a le fond, la forme, la réplique qui va bien dans la bouche de l’acteur qui va rejouer la même situation avec les améliorations que je lui aurais soufflées, moi et la salle. « Eh ! Mais c’est moi qui ai dit ça ! » Mince, j’induis, je le dis, je propose, ça aboutit, devant mes yeux à une concrète modification de comportement, c’est fort, non ? Encore une fois c’est un moment partagé, vécu, ancré où chacun a apporté sa pierre à l’édifice où l’on peut capitaliser et continuer le dialogue qui a été initié et si c’est possible à 400, l’objectif du zéro accident devient plus que jamais accessible, possible. Car au-delà des chiffres, on ne joue pas avec la vie d’un bonhomme.

Nous avons choisi Théâtre à la Carte pour aborder ce sujet important de la sécurité par rapport à l’originalité de l’approche car nous avions essayé toutes les méthodes classiques et nous voulions un choc culturel.
Un scénariste comédien est venu visiter un de nos établissements et à partir de là, nous avons pu rapprocher au plus prêt les saynètes jouées de notre réalité.
Les spectateurs ont été surpris de cette approche pour sensibiliser à la sécurité. Nous avons réussi à développer une culture « suricate » dans nos établissements. Qu’est ce que le suricate ? C’est un animal qui est reconnu pour veiller sur ses congénères. Le jour J, les comédiens ont su donner un regard ludique sur un thème difficile et ils ont réussi l’exploit de faire participer tout le monde, même les plus timides.Pour conclure, nous envisageons à moyens ou longs termes de déployer ce type de séminaire à l’ensemble de nos salariés. Bravo les artistes !
Céline Friloux